Au Japon, le gouvernement a décidé de purement et simplement interdire la fabrication, la vente, la possession et la consommation de cannabinol (CBN). Il s’agit d’un cannabinoïde dérivé de la plante de cannabis, qui était proposé sous diverses formes (gummies, huiles, biscuits). Mais pourquoi une telle décision ? Nous vous expliquons tout de cette annonce, dans la suite de cet article.
Qu’est-ce que le CBN ? Un cannabinoïde entre légalité et ambiguïté
Le cannabis contient plusieurs dizaines de cannabinoïdes. Deux occupent une place extrêmement importante. Il s’agit du THC (tétrahydrocannabinol), la molécule psychotrope de la plante de cannabis) et le CBD (cannabidiol).
Plus récemment d’autres cannabinoïdes ont “explosé” sur le marché, comme le CBG (cannabigerol) et le CBN (cannabinol). Ce dernier se forme naturellement par l’oxydation du THC lorsque la plante vieillit ou est exposée à la chaleur et à la lumière.
Le CBN est très peu psychoactif. À l’instar du CBD, cette molécule était surtout utilisée pour ses supposées propriétés relaxantes ainsi que son action sur le sommeil.
Pourquoi le CBN occupait une zone grise juridique au Japon
Au Japon, la législation sur les produits dits stupéfiants est très claire. Elle cite, nommément, les produits ou molécules qui sont interdits à la production ou à la vente. Or, jusqu’à très récemment, le CBN n’y figurait pas.
Cet “oubli” a permis à des milliers de professionnels de développer leur activité autour du CBN en proposant divers produits, allant du classique gummies aux huiles et huiles de vapotage.
Le marché s’est rapidement développé. Problème, la loi ayant été ce qu’elle était, des dérives ont été observées. Les produits n’étaient pas de qualité et les dosages étaient parfois largement sur-estimés.
Les incidents qui ont tout déclenché
En ce sens, plusieurs incidents se sont produits, poussant les autorités à agir.
L’affaire Yamanashi Gakuin et les premières hospitalisations
En mai 2025, un étudiant de l’université Yamanashi Gakuin s’est grièvement blessé après avoir sauté de la fenêtre de son dortoir, situé au second étage de son immeuble. L’enquête a permi de déterminer que les biscuits qu’il avait consommé, qui contenaient de très fortes doses de CBN, seraient à l’origine d’un état psychotique l’ayant poussé à agir. L’incident, largement relayé par les médias japonais, a mis en lumière des effets jusqu’alors minimisés.
Il s’est ensuite avéré que ce cas n’était pas isolé. En effet, le ministère japonais de la Santé a confirmé qu’au moins quatre hospitalisations avaient eu lieu entre octobre 2024 et le début de l’année 2026, toutes liées à la consommation de produits contenant de très fortes doses de CBN.
Des études ont été commandées par le gouvernement, qui ont mis en lumière les effets indésirables du CBN, à trop forte dose. En effet, le cannabinol serait à même d’entraîner des hallucinations ainsi que des états d’excitation extrême. La décision politique ne s’est pas faite attendre.
Des produits à doses extrêmes au cœur des inquiétudes sanitaires
Le sujet finalement, ne serait pas tant le CBN en lui-même, mais plutôt ses dosages. Au sein de l’Union européenne, il n’est pas rare de voir des produits CBD contenant 25 voire 50 et dans de rares cas, jusqu’à 100 milligrammes de CBN.
Au Japon, les doses sont cinq à dix fois supérieures. Or, nous n’avons pas encore assez de recul pour comprendre comment agit cette molécule sur le moyen ou long terme, à de tels dosages. Mais en l’absence de tout encadrement légal sur les concentrations, les fabricants et importateurs ont pu commercialiser des produits de plus en plus chargés, sans obligation d’étiquetage standardisé ni contrôle sanitaire préalable.
L’interdiction du CBN au Japon
Le 19 mars 2026, le ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a officiellement annoncé la classification du CBN comme « substance désignée » (指定薬物, shitei yakubutsu) au titre de la loi sur les produits pharmaceutiques et les dispositifs médicaux.
L’entrée en vigueur a été fixée au 1er juin 2026.
Concrètement, cette classification interdit :
- la fabrication de produits à base de CBN.
- leur importation sur le territoire japonais.
- leur vente, sous toutes les formes (boutiques physiques, commerce en ligne).
- leur possession.
- leur consommation.
Conformément à la législation japonaise, les sanctions pour les contrevenants, peuvent être extrêmement sévères. Les infractions sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.
Il n’y a, depuis le début de ce mois de juin, plus aucune possibilité de rallonger les délais. Les entreprises ont été sommées de détruire leurs stocks tandis que les consommateurs détenant encore des produits CBD doivent s’en débarrasser dans les délais les plus brefs.
Une exception tout de même
Une exception existe cependant. En effet, le gouvernement a décidé de laisser les personnes atteintes par une condition médicale grave et ne pouvant se soigner avec un traitement classique, avoir accès à des produits CBN.
Il faut cependant suivre une procédure administrative spécifique pour obtenir une autorisation spécifique de la part de l’exécutif. Les critères restent très restrictifs et parvenir à obtenir un accord ressemble à un chemin semé d’embûches.
Que risquent les touristes et résidents étrangers ?
La loi votée par le gouvernement japonais ne distingue pas les personnes de par leur statut ou leur origine.
Plus spécifiquement, cela signifie que n’importe quel individu se rendant ou se trouvant au Japon et détenant un produit enrichi au CBN est passible des sanctions évoquées ci-dessus, quand bien même le produit concerné a été acheté légalement à l’étranger.
Par exemple, un français achetant légalement une huile CBD + CBN en France ne pourra se rendre au Japon avec son produit, sous peine d’être arrêté et jugé, à terme.
Quel avenir pour les cannabinoïdes légaux au Japon ?
L’interdiction du CBN par les autorités japonaises, ne concerne pas les produits CBD, qui reste légal au Japon, à condition qu’ils ne contiennent absolument aucune trace de THC. On parle de produits broad spectrum (à spectre large des cannabinoïdes), par opposition aux produits full spectrum (à spectre complet des cannabinoïdes et qui contiennent du THC). En outre, les néo-cannabinoïdes comme le HHCH, le HHCP et d’autres encore sont strictement interdits.
En bref, sur le CBN au Japon
Le marché japonais du CBD est ce qu’il est. C’est un marché encadré et restrictif. Le fait qu’il n’y ait eu aucun positionnement clair quand au CBN est une anomalie que le gouvernement vient de rétablir, préférant cependant tout interdire plutôt que de laisser la porte ouverte à des produits mieux travaillés, dont la production est plus encadrée. Le CBN n’est probablement pas le dernier cannabinoïde à faire les frais de cette politique puisque le CBG et d’autres molécules encore pourraient bientôt être davantage encadrées.
