Un joueur de rugby suspendu pour consommation de cannabis

joueur rugby thc sanction

En janvier 2024, un rugbyman de l’Anglet Olympique Rugby Club est contrôlé positif au cannabis à l’issue d’un match de Nationale 2. Il est alors suspendu pour une période de deux ans. Une décision qu’il a eu du mal à accepter, allant en justice pour pouvoir retrouver les terrains, un peu plus rapidement.

Or, le Conseil d’État a confirmé sa suspension de deux ans infligée par l’AFLD, interdisant au joueur toute compétition jusqu’au 29 juin 2027. Une affaire qui illustre la sévérité du cadre antidopage français, mais aussi ses paradoxes… car le THC est interdit en compétition uniquement lorsque la concentration urinaire dépasse 180 ng/mL.

Un contrôle antidopage aux conséquences lourdes

Le rugbyman, né en 1995, avait été soumis à un contrôle antidopage à la suite de la rencontre ayant opposé son équipe à celle de l’Union Cognac Saint-Jean-d’Angély. Un contrôle urinaire, qui entraînera sa suspension.

En effet, l’analyse de ses urines a permis de révéler la présence de carboxy-THC, principal métabolite du cannabis, à hauteur de 194 nanogrammes par millilitre, soit au-dessus du seuil de 180 ng/mL retenu par l’Agence mondiale antidopage.

Cet écart de 14 ng/mL est infime. Cependant, il a suffi pour déclencher la procédure dont il est question dans cet article. Le joueur est alors notifié de la décision prise par l’AMA. Il est immédiatement suspendu pour une période de deux ans (jusqu’au 29 juin 2027), de toute compétition.

Un recours rejeté par le Conseil d’État

Une décision qu’il refuse d’accepter. Le joueur estime qu’un écart de 14 ng/mL ne peut justifier de deux ans de suspension. Au mois d’août 2025, il saisit le Conseil d’État. Il reconnaît avoir consommé du cannabis lors d’une soirée festive, expliquant avoir “seulement” tiré sur un joint qui tournait.

Une justification que les juges n’ont pas retenu. Selon eux, le niveau de concentration était suffisamment élevé pour laisser croire à une consommation régulière ou, tout du moins, récente, plus qu’à une ou deux bouffées sur un joint en soirée.

Les magistrats relèvent également des incohérences dans les déclarations du joueur, qui avait d’abord affirmé avoir consommé le cannabis le 20 janvier, avant de se dédire pour évoquer la date du 21, alors qu’il avait un match à jouer.

Le cannabis dans le sport

Le cannabis est considéré comme une substance interdite dans le cadre de la pratique du sport, au même titre que la cocaïne, la MDMA ou n’importe quelle autre drogue.

Selon l’AMA, le cannabis, au même titre que d’autres substances interdites :

  • peut améliorer la performance sportive,
  • représente un risque pour la santé du sportif,
  • contrevient à l’esprit du sport.

Pour les personnes allant à l’encontre de cette position, le paradoxe est assez clair. En effet, ceux-ci affirment que le cannabis réduit plus qu’il n’améliore les performances des sportives, à cause de notamment de ses effets sur la vigilance et le temps de réaction… Soit, pareil que l’alcool, qui est pourtant autorisé. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir certains joueurs (peu importe la discipline) célébrer une fin de rencontre avec un verre à la main, ce qui va là aussi à l’encontre des trois règles précédemment citées.

La fenêtre de détection du THC, casse-tête pour les sportifs

Le THC est détectable plusieurs jours, voire semaines. Problème, l’AMA a mis en place un système de double détection, avec une distinction entre consommation “en compétition” et consommation “hors compétition”, qui rend les tests, analyses et décisions particulièrement complexes.

En ce sens, l’AMA est de plus en plus “laxiste” au fil du temps. En 2013, le seuil limite à ne pas dépasser était de 15 ng/mL de THC. Aujourd’hui, il est autrement plus élevé, mais pas suffisamment pour que le joueur de rugby concerné par notre affaire soit blanchi.

Quid du CBD ? Le cannabidiol n’est pas interdit. La molécule est autorisée et peut être consommée. Idéalement, les produits CBD achetés et utilisés par les sportifs doivent toutefois être “broad spectrum” (à spectre large des cannabinoïdes) afin de considérablement limiter les risques.

En bref, sur cette affaire

Les règles en matière de sport sont claires. Un sportif ne peut consommer de produits figurant sur la liste des substances interdites. Dans notre cas, le joueur de rugby n’a pas respecté les règles imposées par l’AMA et le Conseil d’État a jugé que le joueur avait effectivement eu tort.

Du point de vue légal, la décision est irrévocable. Du point de vue moral, on peut toutefois se poser la question du rapport entre sport et THC, en se demandant si, réellement, le cannabis est un produit dopant ou non. Chacun se fera son propre avis !