Où en est le cannabis thérapeutique en France ?
En France, le sujet du cannabis thérapeutique a longtemps occupé les débats politiques et sociaux. Aujourd’hui passé au second plan, ce sujet reste prioritaire pour de nombreuses personnes malades, associations et élus.
Dans cet article, nous vous proposons une rapide rétrospective sur tout ce qui a été mis en place depuis 2021 ainsi que sur les avancées qu’il est possible d’espérer pour les mois, les années à venir.
Qu’est-ce que le cannabis thérapeutique ?
Le cannabis est bien plus qu’un enjeu économique.
C’est aussi un enjeu sanitaire, avec notamment de nombreux débats autour de son usage thérapeutique et ce, depuis de nombreuses années. Si certains pays avancent rapidement (notamment les États-Unis ou tout moins, certains États ou le Canada) sur le sujet, la France semble être assez en retard.
Le CBD, le cannabis médical et le cannabis récréatif (marijuana)
En matière de CBD et de cannabis, il y a énormément de sujets et de notions à connaître et maîtriser. Proches, elles peuvent parfois prêter à confusion (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le CBD a longtemps été très mal perçu, alors qu’il n’a rien à voir avec le THC) :
- Le CBD, pour cannabidiol, est une molécule de la plante de cannabis. Elle est légale en France et au sein de l’Union européenne, à condition que les teneurs en THC du produit CBD soient inférieures à 0,3%. Sa consommation n’entraîne aucun effet indésirable ou secondaire. En revanche, les produits CBD entraînerait détente et relaxation.
- Le cannabis médical est consommé dans un but purement thérapeutique. Il prend la forme d’huiles ou de crèmes à appliquer. Ces produits sont généralement assez riches en THC (tétrahydrocannabinol, le cannabinoïde psychotrope de la plante de cannabis). En France, le cannabis thérapeutique est interdit.
- Le cannabis à usage récréatif est un produit consommé dans le but de profiter de son action psychoactive. Il prend, généralement, la forme de fleurs à prendre par combustion.
Quelles maladies peut-on traiter avec le cannabis médical ?
Il est légalement interdit d’affirmer que le cannabis médical (voire le CBD) agissent positivement de telle ou de telle façon sur l’organisme.
Cependant, il est reconnu publiquement, que la recherche s’axe autour de certains maux très spécifiques.
Voici donc sur quel type de pathologies le cannabis à usage médical pourrait s’avérer utile.
Les douleurs neuropathiques chroniques
Par douleurs neuropathiques, on entend surtout les douleurs « nerveuses ». Ce sont les douleurs qui résistent à tous les types de traitements, aussi lourds soient-ils, que ce soit contre la maladie de Parkinson, la Sclérose en Plaques et autres conditions difficiles. Le cannabis à usage thérapeutique aiderait à soulager les patients, en leur permettant de retrouver la mobilité, avec de moindres douleurs.
L’épilepsie et autres maladies résistantes
Au cours des expérimentations menées en France sur l’intérêt du cannabis à usage médical, les chercheurs et médecins se sont penchés sur le rôle du cannabis médical pour lutter contre certaines maladies dites « pharmacorésistantes », que la médecine ne peut absolument pas soigner ou soulager. C’est notamment le cas chez les patients touchés par l’épilepsie.
Les symptômes associés au traitement contre le cancer
Les patients touchés par le cancer et traités que ce soit par chimio ou radiothérapie subissent des effets indésirables parfois très lourds, comme des douleurs, une forte fatigue, des naussées, des vomissements, des troubles du sommeil.
Le cannabis médical, en permettant la relaxation aiderait à mieux dormir. Il impact également l’appétit (avec ses fameuses « fringales »). Il impacte positivement l’ensemble du cycle homéostatique, touché par les traitements lourds et parfois très longs.
Les spasmes de la sclérose en plaques
Les patients atteints par la sclérose en plaques pourraient bénéficier du cannabis à usage thérapeutique. C’est le cas d’autres pathologies du système nerveux central provoquant des contractions musculaires involontaires et douloureuses.
Le cannabis médical aide à réduire la spasticité des muscles (spasmes musculaires) empêchant le mouvement ou les douleurs, notamment la nuit (impactant potentiellement le sommeil, l’humeur et les niveaux d’énergie).
Comment fonctionne la prescription de cannabis thérapeutique en France ?
C’est un élément essentiel de la politique du chanvre et du cannabis en France. En matière d’usage thérapeutique, cette solution n’a été proposée en phase d’expérimentation qu’aux personnes en situation d’impasse thérapeutique. Autrement dit, aux personnes auxquelles il n’est plus possible de prescrire quelconque traitement traditionnel.
Qui peut prescrire et dans quelles conditions ?
[#Cannabis thérapeutique]✅L’@assembleeNat adopte l’amendement d’@olivierveran, durant l’examen du #PLFSS2020.
🏥Concerne 3 000 patients pour traiter des douleurs liées par exemple au cancer ou à la sclérose en plaques.
🕑Expérimentation pendant 2 ans. pic.twitter.com/9cdrrqiyoG— Ministère de la Santé (@Sante_Gouv) October 25, 2019
Dans le cadre de l’expérimentation qui s’est déroulée de mars 2021 à décembre 2024, la prescription de cannabis médical était soumise à des règles strictes.
Seules quelques personnes ont été sélectionnées. Un choix des médecins et chercheurs s’était imposé, sur les règles de l’ANSM, l’Agence nationale de santé.
Cela implique :
- Une première prescription hospitalière par un médecin spécialiste (neurologue, oncologue, médecin de soins palliatifs…), qui confirme que le patient se trouve en situation d’impasse thérapeutique
- Un renouvellement possible en ville par un médecin généraliste formé aux questions du cannabis thérapeutique, une fois le traitement initié par les médecins à l’hôpital
- Une délivrance exclusivement du ou des produits en pharmacie partenaire, avec une ordonnance sécurisée.
Le cannabis étant considéré comme étant du stupéfiant et figurant donc sur la liste des produits interdits, les patients ont été approvisionnés par des producteurs et fournisseurs triés sur le volet par l’ANSM avec circuit de distribution tracé et sécurisé.
Huile ou vaporisation : les formes disponibles et leurs effets
Au cours de cette vaste expérimentation française, deux types de produit ont été administrés aux patients :
- Des huiles de cannabis, administrées par voie sublinguale. Les bienfaits se font généralement ressentir sous 5 à 15 minutes, pour une durée de 3 à 4 heures. C’est une méthode simple de consommer du THC légal et de respecter la posologie adaptée à sa situation. Une goutte d’huile contient une dose précise de CBD/THC ! Il est ensuite possible d’ajuster, augmenter ou diminuer, selon le ressenti.
- Des fleurs séchées à prendre par vaporisation (et non pas par combustion). La vaporisation a des effets immédiats, pour une durée de 4 à 6 heures. Du point de vue efficacité, il n’y a pas mieux, avec une biodisponibilité optimale.
Cannabis médical en France : qu’attendre de 2026 ?
L’expérimentation sur le cannabis médical prendra officiellement fin au mois de mars 2026, alors qu’elle devait initialement prendre fin le 31 décembre 2024. Quid de la suite ? Qu’adviendra-t-il des patients actuellement suivis ?
De l’expérimentation à la généralisation : le calendrier officiel
En difficulté politique et budgétaire, la France ne fait plus de la question du chanvre et du cannabis médical, l’une de ses priorités stratégiques. Il a toutefois été admis que l’expérimentation sera prolongée, jusqu’à la fin de ce mois de mars 2026.
Les traitements utilisés pourraient, par la suite, être progressivement autorisés et donc vendus en pharmacie (sur la base d’ordonnance pour les patients concernés).
Au mois de mars 2025, le ministre Yannick Neuder a notifié à la Commission européenne les textes qui permettront à terme l’autorisation de ces médicaments par l’ANSM, ainsi que la culture contrôlée de cannabis à visée médicale en France.
En l’absence d’objection majeure, les décrets pourraient être publiés au second semestre 2025, avec une généralisation progressive envisagée d’ici fin 2026 ou début 2027. C’est une véritable victoire pour les personnes qui souhaitent se tourner vers ce type de solution, plus naturelle.
D’ici-là, l’expérimentation se poursuit. Environ 700 personnes sont encore traitées et suivies. Celle-ci n’accepte, bien évidemment, plus aucun nouveau sujet. Les personnes souhaitant se soigner, devront ainsi attendre plusieurs semaines, mois (voire année, selon le calendrier politique) pour pouvoir elles aussi y accéder légalement et sans contraintes.
